Publié le lundi 13 février 2012 dans l’Union

Gérard Berthiot avec le Président Jean-Paul Bachy
Plan régional de santé. PRS. Derrière cette dénomination si froide se cache un document qui s’avère abscons pour le commun des mortels. Quelle est sa philosophie? Deux élus marnais, un de chaque camp, membres du corps médicalde surplus, nous livrent leur interprétation de ce plan qui va orienteret guider la santé, dans son acception la plus large, en Champagne-Ardenne jusqu’à fin 2016.
Le conseil général de la Marne s’est prononcé favorablement vendredi,le conseil régional doit émettre un avis aujourd’hui, défavorable s’il suitles conclusions de son président.
Début mars, ce plan sera définitivement adopté par l’Agence régionale de santé. Que recèle-t-il exactement?
C’est toute une loi qui doit être revue
Co-auteur du livre «SOS Sécu» paru en 2004, Gérard Berthiot, vice-président PS du conseil régional, est aussi chef du service pneumologie à l’Hôpital de Châlons. Plus que ce plan, c’est la loi «Hôpital, patients, santé, territoires» de 2010 et l’absence de prise en compte des spécificités régionales, qu’il fustige.Peut-on inverser la tendance et les constats faits par l’ARS?
«Nous sommes tous d’accord de l’état de la santé des Champardennais. Le plan a-t-il les outils, les méthodes et les moyens financiers pour changer la donne? Je ne crois pas car il ne fait que reprendre la loi «Hôpital, patients, santé, territoires» (HPST). Du coup, en dépit d’un certain nombre de propositions louables, un dispositif particulier pour notre région n’est pas possible si l’organisation et les moyens financiers sont nationaux. Déjà, les budgets que l’on a connus depuis 2010 ne sont pas à la hauteur des enjeux et l’ARS ne peut demander des moyens supplémentaires à l’Etat».«Des vœux pieux? Non!»
Tout ne se réduit pas à une enveloppe, si?
«Non. Une autre de nos critiques sur le projet est l’absence de vision territoriale des besoins de santé. Ainsi, comment consulter dans des délais rapides en secteur I (le tarif remboursé par la sécurité sociale, NDLR) pour certaines disciplines dans la région? Là, c’est vrai, ce sont des mesures à prendre au niveau du Parlement.
Ensuite, aucun distinguo n’est fait entre l’hôpital public et privé dans le plan, c’est juste un établissement de santé… Or l’hôpital public doit être le lieu du premier recours aux soins. Pareil pour les urgences, vers lesquelles toute la population doit pouvoir accéder en moins de 30 minutes. Là, aucune étude n’a été réalisée. De même, on peut relever un manque de réflexion sur la globalité du territoire. Avec nos 53 habitants au km2, on est très différent du Nord-Pas-de-Calais, par exemple. Cela nécessite plus de moyens financiers. Mais on fait comment? On émet des vœux, c’est bien… Mais, les vœux pieux, non!»Vous ramenez tout à des financements?
«Hélas, pour des questions financières, certains lieux vont fermer dans la Marne. Je pense à l’hôpital Vitry-le-François notamment qui, pour des raisons comptables, risque d’être amputé des services de chirurgie et de maternité. De même, l’accompagnement est une priorité de l’ARS, mais le maintien à domicile des personnes, comme voulu, nécessite un maillage territorial médical et médico social. Or, d’un côté, on ferme des services de proximité, alors que de l’autre, logiquement, on souhaite maintenir à domicile des personnes plus vulnérables…
La loi HPST doit être revue sur un certain nombre d’aspects. D’ailleurs, c’est elle qui oblige à faire ce PRS qui ne se donne pas les moyens financiers pour répondre à un certain nombre de questions. Car, oui, il parle bien de rentabilité. Si le CHU n’est pas «efficient», le danger est bien qu’il perde son U de universitaire, donc fini la recherche et la formation. Ce serait alors catastrophique pour la région».Le conseil régional, qui émet aujourd’hui un avis sur ce PRS, va donc y être opposé?
«Nous allons demander qu’un avis défavorable soit adopté. Cela ne veut pas dire que le travail effectué n’est pas bon, mais il faut l’affiner, le faire évoluer, que les financements de l’Etat suivent tout en rappelant que la spécificité de la Champagne-Ardenne, peu dense et étendue sur 450 km, doit être prise en compte!»
Dossier Frédéric Gouis
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